Arnaud Montebourg a beaucoup de qualités, dont celle d'avoir de l'humour et un esprit caustique dont il use souvent. Ces qualités utilisés contre le droite sont toujours du meilleur effet à gauche. Utilisés contre son camp, ça fait un bide, et il paie cash. Certes ses propos sur le compagnon de Ségolène Royal n'étaient pas très judicieux au moment et là où ils ont été prononcé. Certes ils pouvaient même renforcer l'impression de flottement que donne la campagne du côté du PS après le couac sur la fiscalité. Enfin, argument essentiel, il y a en politique les moments du débat, de la confrontation, de la polémique, et les moments du rassemblement, de l'unité. Arnaud Montebourg s'est un peu emmêlé les pinceaux dans le timing. Et puis je pense aussi, bien que ne le connaissant pas personnellement, qu'il n'a pas voulu rater l'occasion de faire un bon mot ! Mais voilà, il est dans une équipe, avec un plan de travail, une feuille de route, une responsabilité et cela n'est pas rien. C'est une question de crédibilité collective, de sens de la responsabilité. Ce n'est pas la première fois qu'il use de boutades en lieu et place d'analyses, de temps en temps ça passe, utilisé trop souvent et surtout mal à propos cela produit les effets inverses à ceux recherchés.
La réaction chez Ségolène Royal se devait d'être rapide et de marquer les esprits. Ce fut le cas. Dans la forme cependant j'aurai préféré une prise de position affichée comme collective, dans laquelle l'équipe rapprochée aurait été impliquée. Or, ce qui nous a été présenté c'est une réaction, personnelle, autoritaire, sans explication, du moins je ne les ai pas connu s'il y en a eu, voulant donner je pense l'image d'une autorité assumée, non partagée. Peut être qu'électoralement c'est une bonne chose, moi ça ne m'emballe pas. Mais l'essentiel c'est qu'il y ait eu réponse, et réponse rapide. Il faut maintenant que l'étape des débats participatifs prenne le devant de la scène, c'est cela qui compte aujourd'hui car ils sont l'expression de la démarche originale de la candidate, même si j'ai le sentiment parfois que beaucoup de responsables au PS ont du mal à les assumer, changement de culture c'est pas toujours facile. Il faut que nous puissions montrer à l'électorat que le PS est bien engagé dans une écoute réelle de ce que pensent et disent les gens, et il faudra ensuite que le retour auprès de ces personnes soit réel pour que la démarche prenne tout son sens. Sinon, là aussi on va produire l'effet inverse à celui recherché. L'appareil du PS, les hiérarchies intermédiaires, notables locaux, et tous ceux qui sont des professionnels à vie de la politique vont devoir évoluer dans leur comportement, leur posture, et dans leur rapport aux adhérents et aux électeurs. C'est peut être, enfin, le début de la remise en cause d'une certaine forme de clientélisme politique, et un pas vers une social-démocratie comme celle qui se pratique dans les pays du nord de l'europe, qui allie transparence et simplicité pour les responsables politiques et les élus.
La séquence actuelle de la campagne de Ségolène Royal n'est pas facile parce qu'elle est nouvelle, innovante; montrons que nous sommes en capacité d'innover, de sortir des sentiers battus, de donner une autre image de la politique. L'enjeu est énorme pour le PS mais aussi pour le devenir de la démocratie.