Hier après midi j'entends à la radio que le Président va intervenir en début de soirée sur l'éducation nationale. Je me dis, enfin
il va ouvrir un vrai dialogue et mettre en place une méthode de travail plus respectueuse de toutes les parties. Il n'en fut rien, loin d'aborder les problèmes de fond de l'éducation, il a
contourné l'obstacle de la grogne qui s'était manifestée dans la journée en annoncent des mesures pour rendre obligatoire par les communes l'accueil des enfants les jours de grève. En
plus avec l'obligation faite aux enseignants grévistes de se déclarer 48 heures à l'avance. Stratégie de contournement certes pour éviter de parler du fond et des réduction d'effectifs qui ne
trouvent pas une adhésion majoritaire auprès de la population. On connaît maintenant complètement sa manière de faire, et j'aurai dû me douter qu'il n'y avait pas la moindre chance qu'il y ait
une réelle expression de concertation. Que voulez c'est mon côté confiance en la nature humaine, qui me joue souvent des tours, mais je ne me referai pas !
Donc le service minimum, qui est une attente de beaucoup de parents qui doivent se débrouiller, se mettra obligatoirement en place avec une loi promulguée avant l'été (il y a la place dans le
calendrier parlementaire que Roger Karouchi déclarait il y a quelques jours complètement saturé ?). Sur le principe pourquoi pas, mais est-ce aux communes d'organiser un service alors que la
responsabilité de la grève est d'ordre national et concerne l'Etat ? Ce dernier a t'il utilisé le temps depuis le dépôt de préavis de la grève pour engager un dialogue, ce qui est prévu dans les
textes ? Non. Si des incidents ou des accidents ont lieu pendant l'accueil réalisé par des personnels dont ce n'est pas la mission première a t'on envisagé la question des responsabilités ? Il y
a derrière cette exigence imposée aux enseignants et aux communes une volonté de réduire les conséquences et donc les effets de la grève, de "casser" le mouvement. Cela est d'autant plus vrai que
le même jour, le matin, l'inénarrable André Santini déclarait que la grève était quelque chose de dépassée. Dans cette opération une association de parents d'élèves de droite a joué un rôle
important médiatiquement, et a ainsi apporté un soutien politique précieux au gouvernement.
Se déclarer gréviste 48 heures avant la grève, peut sembler une chose de bon sens pour organiser l'accueil et éventuellement les classes. Mais si le préavis n'est pas utilisé par l'Etat employeur
pour dialoguer avec les syndicats, pourquoi les enseignants devraient ils se soumettre à ce fichage à priori, d'autant que jusqu'au dernier moment une personne peut hésiter, dans un sens ou dans
un autre. Or les propos du Président précisent qu'une personne qui ferait grève sans l'avoir annoncé avant serait sanctionnable. Il est clair que c'est le droit de grève qui est visé
indirectement.
S'il y avait un climat de confiance, un fonctionnement démocratique apaisé, un dialogue réel, en continu, de telles mesures, inscrites dans ce contexte pourraient se concevoir et se mettre en
oeuvre dans la concertation sur les modalités et les responsabilités des uns et des autres, dans le respect du droit de grève qui est un droit constitutionnel et dans l'intérêt des familles. Mais
aujourd'hui, présentées comme des sanctions, conséquence d'un non dialogue, ces mesures ont une résonance anti sociale qui les rendent inacceptables. Sur ce terrain là comme sur les autres
Nicolas Sarkozy joue un jeu dangereux, divisant les gens là où il faudrait rassembler. Je crains que l'accumulation de ces actes que je juge dangereux pour la vie démocratique du pays n'amène une
situation explosive. Mais c'est peut être ce qu'il cherche. Sûrement d'ailleurs parce que durant sa campagne c'est cette politique qu'il développait, cette manière de faire qu'il
annonçait, le tout camouflé il est vrai derrière des slogans démogogiques: "je serai le président du pouvoir d'achant", "j'irai chercher la croissance avec les dents", "travailler plus pour
gagner plus". Beaucoup de personnes ont cru à ces slogans, ce sont celles là aujourd'hui qui se mordent les doigts, ce qui explique son score si bas dans les sondages. Comme dit l'autre
"putain encore quatre ans".
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