Il y 350 ans.... le Traité des Pyrénées. Le 7 novembre 1659 Louis XIV pour le royaume
de France et Philippe IV pour le royaume d'Espagne, signèrent un traité qui organise la partition de la Catalogne. La partie versant nord des Pyrénées revint au royaume de France. A
l'occasion de la commémoration de cette date les nationalistes de tous poils font entendre leur petite musique. Entre nostalgie d'une époque révolue et exaltation d'une appartenance fortement
affirmée vis-à-vis de l'extérieur, on retrouve là un débat ancien mais toujours actuel, même si son actualité n'a plus le même visage, ni la même résonance dans la population.
Passons vite sur les déclarations de mouvements politiques, pour constater la convergence entre le FN (Louis Aliot) et le MRC (Olivier Amiel), qui disent à peu près la même chose, sans que cela
signifie dans mon esprit que ces deux mouvements se ressemblent (et encore moins ne se rassemblent !). Mais malgré toutes ses facettes possibles, la nationalisme reste le nationalisme. Et
il n'y a pas un nationalisme de droite et un nationalisme de gauche. Le Petit Robert nous donne du nationalisme une définition explicite: "Exaltation du sentiment national; attachement passionné
à la nation à laquelle on appartient, accompagné parfois de xénophobie et d'une volonté d'isolement." Tout est dit. Quant aux déclarations des mouvements catalanistes, CDC (Convergence
démocratique de Catalogne) et Unitat Catalana, dont on ne sait pas bien s'ils sont autonomistes ou indépendantistes, tant ils jouent sur le flou artistique, on sent clairement une touche de
nostalgie et une pointe de confusion politique entre la référence "au sang qui court dans notre corps" (?) et le refus du "diktat politique régional". Toulouse ou Montpellier sont visés, pas
Barcelone !
Le débat est d'actualité ai-je écrit plus haut. Oui, il est d'actualité. Pace que la chute du Mur de Berlin, la construction (laborieuse) de l'Europe, la mondialisation économique et culturelle,
donnent aujourd'hui un nouveau visage au monde, une nouvelle donne du vivre ensemble sur un territoire donné. L'émergence de la Chine, de l'Inde, du Brésil, et de quelques autres pays,
le choc des cultures et des religions, la toile tissée par Internet dans l'échange et la communication sans (presque) de frontières, vont encore modifier le paysage. Et je peux ajouter à ce
tableau le réchauffement climatique qui va bouleverser notre environnement et notre manière de vivre dans les décennies à venir.
Tout cela représente un défi à notre réflexion sur le nationalisme et sur l'identité nationale, défi qu'on ne peut résoudre en faisant simplement référence à des idéologies qui datent du 20ième
siècle. Certes, nous ne pouvons faire l'impasse, ni l'économie, dans notre réflexion, du passé, de l'Histoire donc, en essayant d'y mettre toute l'objectivité possible. Nous ne
pouvons également pas nous dispenser de d'utiliser les grilles de lecture qui se sont construites au fil du temps. Tout cela reste un matériau indispensable à notre réflexion. D'autant plus, que
c'est dans la confrontation des idées, donc dans la reconnaissance des antagonismes, des différences, que nous pouvons faire progresser une réflexion. Mais encore faut-il, dans notre démarche,
prendre en compte les réalités d'aujourd'hui, qu'elles nous plaisent ou non, les hypothèses pour l'avenir, dans leurs contradictions et avec l'insuffisance d'une pensée humaine qui a du mal à
sortir d'un temps donné, à sortir d'un cadre idéologique pré établi.
C'est là qu'est la richesse de l'Homme, dans sa faiblesse à comprendre l'avenir, et dans sa force à vouloir le faire. L'idée du Progrès comme moteur de l'Histoire est là. Il ne nous manque qu'une
chose. La sagesse pour appréhender que rien n'est plus important que ce qui renforce la recherche de la manière la plus harmonieuse de vivre ensemble, sans se donner de limites, ni
matérielles, ni spirituelles. La période troublée que connaît le monde actuellement a plutôt tendance à développer la peur, le repli sur soi, sur ce qu'on connaît, sur ce qui nous ressemble,
plutôt que le désir d'échanger, de partager. La crainte du lendemain nous amène regarder plus dans le rétroviseur, qu'à regarder l'horizon, et surtout la route et ses difficultés. Etrange
mécanique quand même que la mécanique humaine qui coince au moindre petit grain de sable, au risque de tout casser, de peur que ce grain abîme l'ordonnancement connu des choses.
Parti du Traité des Pyrénées, vous devez penser que j'arrive bien loin, ou ailleurs. Peut être, mais pas tant qu'il peut y paraître. Tout doit être prétexte à la prise de recul, pour une
réflexion qui ne soit pas prisonnière d'un temps donné. Pour en revenir au Traité des Pyrénées. Je ne renie rien, ni l'histoire d'un pays, le royaume de Catalogne, qui a connu son heure de
gloire, ni celle de la Révolution Française, même si je me sens plus près des Girondins que des Jacobins. Mais je ne veux me sentir prisonnier de rien, pour que ma capacité intellectuelle toute
entière puisse se tourner vers ici et maintenant, porteuse de la complexité d'hier, pour apporter ma contribution à ce que sera demain. Ambition et humilité. Volonté inébranlable
aussi.