Mercredi 30 mai 2012
3
30
/05
/Mai
/2012
09:41
Alors que l'été s'invite en ce 30 Mai, l'actualité n'en finit pas de nous abreuver d'informations toutes aussi importantes
les uns que les autres, sans que nous puissions rendre compte de tout. Heureusement certains sujets glissent sur plusieurs et permettent de faire un commentaire qui prend une dimension plus
générale. Il en est ainsi du sujet qui concerne le "limogeage" par Manuel Valls de Michel Gaudin Préfet de police de de Paris. Je l'ai connu lorsqu'il était préfet à Nîmes, et j'ai pu constater
sa capacité de travail, son énergie débordante, toujours en recherche d'efficacité. J'ai eu l'occasion de travailler avec lui sur des dossiers qui concernaient les jeunes délinquants, le chômage,
la sécurité. Bref, tout ce qui fait le quotidien d'un haut fonctionnaire de l'Etat dans la position qui était la sienne. J'ai eu l'occasion dans ma carrière professionnelle de travailler avec
beaucoup de préfets, Michel Gaudin a probablement été un des plus compétents, des plus travailleurs. Et j'ajoute, un des plus respectueux de ses collaborateurs aussi bien celles et ceux de la
Préfecture, que les directeurs et directrices des services publics.
Pour autant Michel Gaudin ne cachait pas ses engagements politiques, et sa manière de traiter les dossiers était marquée
fortement par ses engagements politiques, même s'il savait repérer l'intérêt général, faire la part des choses. Plus que d'autres il savait donner un sens politique à une décision, en
connaissance de cause. Il est sûr que le poste de préfet est un poste politique. Il représente sur un territoire donné le gouvernement dont il doit mettre en oeuvre les décisions. La différence
de personnalités fait que certains le font dans une posture républicaine de neutralité politique, mais ce n'est pas toujours facile et le déroulement de carrière en pâtit. D'autres considérent
qu'ils doivent marquer leur action d'un engagement politique non dissimulé. Affaires d'individus. Il est vrai que notre conception du service public se trouve mise à mal par l'alternance
politique, alors que nous restons sur une conception théorique de neutralité pour les serviteurs de l'Etat. Cette vision de l'Etat est-elle toujours pertinente ? Dans d'autres pays la haute
administration change en même temps que le nouveau pouvoir. En France on dit que l'Administration est neutre, mais chaque nouveau pouvoir fait tomber des têtes.
N'y a t'il pas lieu donc de revoir les choses ? Les modifier, oui, en considérant que certains postes sont intimement liés
au pouvoir en place, et que, sauf exception d'une neutralité exemplaire et reconnue par tous, ces postes doivent tourner avec une nouvelle équipe. C'est un aménagement qui ne coûterait rien, qui
nous sortirait d'une ambiguïté dommageable à l'esprit de service public. Mais cela devrait rester limiter à quelques postes. Car dans le même temps il me semble nécessaire de rappeler
l'importance de la neutralité dans le service public, ce qui ne doit empêcher auncun fonctionnaire d'avoir des engagements syndicaux ou politiques. La seule contrainte c'est de bien savoir
séparer les deux choses. Un fonctionnaire ne doit pas être un citoyen de seconde zone. Certes, c'est un exercice difficile.
J'ai vécu cette difficulté dans ma carrière professionnelle. Résister aux injonctions menaçantes de tel élu, pourtant de
son "camp", refuser d'appliquer d'une certaine manière telle directive transmise par un Préfet, manière en contradiction avec le respect de la neutralité du service public. Bref j'ai connu
beaucoup de ces situations. Soit alors la notion de neutralité du service public est respecté, par tous, élus compris, soit il faudra revenir sur cette conception des choses. Les trois exemples
qui font actuellement l'actualité de cette question, même si une seule décision est aujourd'hui connue, doivent être l'occasion de revenir sur la définition et sur le rôle de l'Administration,
dans un pays, il est vrai, où on n'a pas encore règlé la question des conflits d'intérêt pour ce qui est des élus. Vaste chantier pour la nouvelle équipe gouvernementale. Ce chantier fait
partie intégrante des chantiers de la rénovation politique, de la réforme de l'Etat, et de la décentralisation. Michel Gaudin aura été un grand serviteur de l'Etat, mais au service d'un
engagement politique. Quels hauts fonctionnaires voulons nous ? De quel Etat avons nous besoin ?